Florence Gauthier a reçu en 2023 le Prix académique de l’Innovation pour la pratique de la dictée à l’adulte, dite encore à l’expert ou au formateur (voir « Raconter, rédiger, lire à tout âge »), pratique élaborée dès les années 1970 qu’Odéric Delefosse, spécialiste de l’acquisition de la langue, nommait déjà un demi-siècle plus tôt « pratique innovante ». Sera-t-elle la solution au rapport Pisa ou à celui d’Est Ensemble qui pointent du doigt l’inégalité de l’apprentissage de l’écrit et de l’éducation ? Réponse d’une professeure des écoles qui a mis en pratique dans sa classe la dictée à l’adulte.

1. Comment définiriez-vous cette démarche de la « dictée à l’adulte » ?

Cette démarche permet à la fois de faire progresser les élèves dans leurs compétences orales et de les amener vers la production de textes écrits. En effet, avec cette démarche, l’enfant verbalise un texte à un adulte qui prend en charge la partie écrite. A l’oral, avant le passage à l’écrit proprement dit, l’adulte propose des formulations adaptées, reformule ou encore complète les essais de son élève. En faisant ainsi, il lui offre des variantes « écrivables » plus complexes que celles qu’il maîtrise déjà. L’enfant va alors pouvoir se saisir de ces propositions de l’adulte et les réinvestir dans les textes qu’il va produire ensuite.

2. La recommanderiez-vous dans toutes les écoles ?

Les enseignants ne sont généralement pas sensibilisés à la prise en compte des aspects langagiers dans la didactique des disciplines enseignées. Il est vrai que les élèves sont souvent freinés par l’aspect graphique. Mais la DA est un exercice qui va au-delà. Néanmoins, dégagé de cette difficulté, l’enfant va pouvoir se concentrer sur l’élaboration proprement dite du texte à écrire.

Utiliser la DA, avec des enseignants formés à cette pratique, permet aux élèves de s’investir davantage à la fois dans leur vie de classe en école élémentaire (en formulant eux-mêmes les mots à destination des parents) et dans les disciplines (en verbalisant et produisant avec l’aide de l’adulte les traces écrites des matières étudiées). Ces textes ainsi produits de manière collective, en petits groupes ou en relation duelle avec un élève, deviennent alors des textes de référence, textes sur lesquels les élèves vont pouvoir s’appuyer pour élaborer à leur tour d’autres écrits en autonomie.

3. La recommanderiez-vous aussi aux parents, qui, comme le dit Odéric Delefosse, sont les « premiers professeurs de français de leurs enfants » ?

De manière intuitive, beaucoup de jeunes parents reformulent les essais de verbalisation de leur enfant. En faisant ainsi, ils élargissent le panel des possibilités de verbalisation de celui-ci. La lecture d’albums va aussi permettre à l’enfant de côtoyer l’écrit. Dans un deuxième temps, certaines situations seront propices à l’enfant pour passer de l’oral vers l’écrit et produire de l’écrit à son tour. En comprenant la finalité du projet d’écriture, comme écrire une carte postale pendant les vacances, les échanges en amont entre le parent et son enfant permettront à celui-ci d’élaborer un écrit cohérent en fonction de la situation (« Réfléchissons ensemble. Que va-t-on dire à papy et mamie sur la carte postale ?... »). L’enfant va pouvoir réfléchir et aborder l’écrit en s’appuyant sur les propositions de l’adulte, sans se préoccuper de la phase graphique. La différence entre l’écrit produit entre la maman et son enfant à la maison d’une part, et l’enseignant et ses élèves, d’autre part, réside dans le fait qu’à l’école, la démarche proposée par l’enseignant diffère par le degré de conscientisation de l’adulte. Là où le parent propose à l’enfant des formulations de manière intuitive, le maître ou la maîtresse (par le bais d’une formation adaptée) fera des propositions adaptées à chaque élève en fonction de son niveau de structuration de la langue.